LA CEZE – SON COURS D’EAU, SES BERGES LIEU DE VIE DES ST-AMBROISIENS


La ville de St-Ambroix est blottie dans un méandre de la Cèze qui offre, depuis toujours, aux habitants ses rives pour leurs activités familiales, professionnelles ou de loisirs. Quel enfant du pays n’est pas allé sur le bord de Cèze.
Tout au long de son cours d’eau sur le territoire de la commune, l’on découvre des “baloirs”.
Nous avons répertorié trois baloirs : l’un au lieu dit “La Liquière” en amont de la ville, un autre au “Moulin Bonnet” en amont du pont, un au lieu dit “Le Moulinet” en aval de la commune.

Baloir, qu’es aquò ?
Baloir est un nom “local” de la vallée de la Cèze donné à des digues de dérivation bâties en terre ou maçonnées pour détourner les eaux de la rivière et ainsi éviter le ravinement des rives. Parfois, dans notre région, ces digues sont appelées “levade”.

 

levade


Baloir (ou Baloard) – l’origine de ce mot vient du nord de l’Europe, plus précisément d’une forme ancienne du néerlandais – bolwere -, devenue en langue d’oïl – ballwer – qui représentait le terre-plein d’un rempart ou un fossé. Dans le canton de Vaud en Suisse, on retrouve balluard, et en béarnais baluard est une levée de terre. L’on se rapproche de nos baloirs sur la Cèze. Les formes anciennes du mot baluard ont donné le mot boulevard quand les remparts des villes ont été détruits et remplacés par de larges rues, appelées boulevard, comme le boulevard du Portalet situé sur le tracé des anciens remparts.


Outre leur rôle de protection, les baloirs de la commune ont été (et le sont peut-être encore de nos jours) des lieux de baignade fort appréciés. Certains locaux se rappellent qu’ils allaient se baigner au baloir du Moulin Bonnet situé juste en aval de l’arrivée du ruisseau du Graveyrol. Le Graveyrol charriait les rejets de sang et matière animale que l’abattoir déversait quotidiennement et directement dans ses eaux qui arrivaient colorées sanguinolentes et nauséabondes en Cèze. Cela ne perturbait pas les baigneurs. Il n’y eu aucune maladie à déclarer. L’abattoir ayant disparu, les eaux du Graveyrol ont retrouvé leur couleur naturelle… Le baloir du Moulinet était également très prisé des baigneurs à qui il présentait une eau claire. D’autres baloirs jalonnent le parcours de la Cèze sur d’autres communes.


Les baigneurs se rendaient sur la Cèze en différents lieux soit au quartier de la Liquière, sous la filature Bayle, soit sous le pont de la ville et le quartier des bourgades où dans les années 1950/1960, la jeunesse y faisait voguer des radeaux de fortune. Plus en aval, l’on se baignait au lieu-dit le Huc, au Ranquet, sous le pont de St-Victor, au Cros vers le chemin de la Vigière, le long des rives des quartiers de Fabiargues et Berguerolles, le Moulinet, St-Germain et autres recoins.
A la fin du XIX° siècle, les garçons se baignant au niveau du Moulin Bonnet jouaient parfois avec des os “échappés” de l’ancien cimetière situé à l’origine sous l’actuelle place de l’église. Etaient-ils allés creuser sous les bâtisses où l’érosion des sols avait-elle libéré ces restes ???


La moindre petite plage de graviers était la bienvenue en temps de canicule. Sur ces mêmes plages, il y avait en juin des feux pour la Saint-Jean.


Si la Cèze était un lieu de loisirs, elle était aussi un lieu de labeur pour les lavandières qui toute l’année, été comme hiver, se rendaient sur les berges pour faire leur “bugàda” (lessive).


Les jours de lessive, les lavandières poussaient leur brouette chargée de linges. Elles apportaient leur matériel – caisse à laver, planche à rainure, battoir, savon de Marseille, brosse à chiendent, banaste en osier. Elles s’installaient au bord de l’eau à genoux dans leur caisse à laver remplie de paille ou vieux tissus pour protéger leurs genoux et courbées toute la journée, elles commençaient leur pénible tâche. Elles lavaient, frottaient à la brosse à chiendent, battaient, rinçaient, essoraient, tordaient le linge.

Les “bugàdièires”, les demoiselles Cartier, mesdames Bérard et Pelatan du quartier des Bourgades lavaient leur propre linge mais aussi pour des familles de la ville. Elles n’étaient pas les seules, de toute la ville, les mères de famille venaient en bord de Cèze faire leur pénible “bugada”.

 


Une fois le linge rincé, essoré en le tordant, elles l’étendaient sur les galets pour sécher au soleil. Parfois le linge était suspendu sur un fil entre deux arbres. Les “bugàdièires” avaient des journées bien chargées, rentrées à la maison d’autres tâches familiales les attendaient.

 



Il n’était pas rare qu’en cadeau de mariage les “nòvis” (mariés) reçoivent un battoir sculpté de motif artistique pour la lessive. Ainsi, dès les épousailles, la “nòvie” savait ce qui l’attendait.
Autrefois faire la lessive se disait “faire la bue”, d’où le mot “buerie” devenu “buanderie” que l’on retrouve dans le mot occitan “bugàda”.

Pour les amateurs de pêche, la Cèze a été une rivière poissonneuse où les “pescaïres” ont emporté dans leurs gibecières des barbeaux, des gardons quelquefois des brochets et des truites. Le père “Touté”, bon pescaïre allait vendre sa pêche en vélo jusqu’à Saint-Brès.


A l’époque où à St-Ambroix se tenaient des foires aux bestiaux – cochons, bœufs, chèvres – il n’était pas rare de voir les animaux emmener en convoi jusqu’à l’abreuvoir en bord de Cèze en amont du Moulin Bonnet. De nos jours, la rue par laquelle transitaient les animaux porte encore le nom de “chemin de l’abreuvoir”. Deux autres bassins pour abreuver les bêtes se trouvent sous l’actuel petit pont qui permet d’accéder au quartier de Jumas. En temps de foires aux bestiaux, ils ont été utilisés pour les animaux qui transhumaient vers la ville.


Les eaux de la Cèze ont été utilisées pour alimenter deux moulins, l’un en ville le Moulin Bonnet, le second en aval du pont de St-Victor, le moulin du Roc Tombé. Un chapitre sera réservé à ces deux moulins dans un autre numéro d’Antan.
Sources : photo Midi Libre – Eliette Brun – Etymologie Occitane Robert Geuljans – Site : Digues de France –